

Dr Eric OVELACQ- Neurologue Libéral - TOURCOING
Les CCQ sont un réel problème de santé publique, en raison de leur coût exorbitant :2 milliards d’€ par an sont inutilement dépensés par la société :3% des adultes, qui sont atteints de CCQ ,dépensent 66 % du coût de tous les traitements des céphalées !
« On aboutit, pour l’Assurance-Maladie ,à la situation paradoxale de procéder à des dépenses importantes pour le remboursement de « soins » à l’effet délétère, puisque entretenant un état de dépendance médicamenteuse et de CCQ » PEREARNEAU , Revue Neurologique 2006.
Les CCQ se définissent par la persistance depuis plus de trois mois de céphalées durant au moins 4 heures par jour, plus de quinze jours par mois, sans substratum organique décelé.
Les CAM - Céphalées par Abus Médicamenteux - se définissent par la persistance de céphalées depuis plus de trois mois , plus de quinze jours par mois, avec une consommation en antalgiques usuels plus de 15 jours par mois, et/ou en triptans, ergotés, associations médicamenteuses ou morphiniques plus de 10 jours par mois. Elles disparaissent en moins de deux mois après le sevrage médicamenteux. C’est un abus en fréquence et non en quantité .Tout antalgique est potentiellement incriminé .Il est donc inutile de changer d’antalgique pour tenter traiter une CCQ. Le terrain à risque est la migraine :il n’y a pas de CCQ chez les non-céphalalgiques .Les femmes-surtout obèses-sont trois fois plus souvent victimes de CCQ que les hommes. Il s’agit d’une addiction, qui doit en faire rechercher d’autres. Il faudra également rechercher et traiter un éventuel profil anxio-névrotique ,et/ou une dépression, causale ou réactionnelle.
Cliniquement, les CCQ se présentent
soit comme des accès migraineux typiques,
soit comme des céphalées de tension typiques,
soit comme un fond douloureux chronique entrecoupé d’accès migraineux
L’imagerie n’est nécessaire que si les céphalées datent de moins d’un an, ou en cas d’anomalie à l’examen neurologique.
La prise en charge repose d’abord sur l’indispensable prise de conscience du caractère délétère de l’abus ,puis la déculpabilisation du malade. Le sevrage est impératif, qui se fera plus souvent en ambulatoire qu’en milieu hospitalier .Il sera brutal ou progressif, pouvant toujours exposer à la céphalée de rebond qu’il ne faudra en aucun cas traiter par la reprise de quelque antalgique que ce soit. Le LAROXYL est fréquemment utilisé, en comprimés ou en perfusions ,à la dose de 25 à 100 mg/j .D’autres moyens sont également mis en oeuvre :relaxation, acupuncture, psychothérapie de soutien, reprise d’une activité sportive, etc...
La prévention primaire est capitale, qui passe par une meilleure information des malades, la tenue d’un agenda, l’instauration d’un traitement anti-migraineux de fond si nécessaire, et la formation des médecins généralistes ,mais également des Neurologues, ORL, ophtalmologistes, urgentistes et autres pharmaciens. Il faut se poser des questions chez des patients consommant chroniquement des antalgiques plus de deux à trois fois par semaine
Finalement, tout cela n’arriverait pas si nous lisions toutes et tous avec la plus grande attention toutes les recommandations et conférences de consensus de l’ANAES et de la HAS...