

La souffrance du sujet, la souffrance des proches.
Comment aider le proche en souffrance.
Le patient atteint de cancer traverse une véritable épreuve
et peut être dans une souffrance psychique importante.
Certains en parlent, d’autres pas.
Certains l’expriment par des signes qui nous semblent clairs (pleurer
par exemple), d’autres par des comportements plus difficiles à décrypter.
Il n’y a pas qu’une seule manière d’aller mal.
Les patients ont des personnalités, des cultures, des histoires différentes
et ils manifestent donc différemment leur détresse.
Quelques principes :
Il est donc important d’échanger avec lui.
Les pleurs ne sont pas forcément inquiétants. Inversement, l’absence de larmes n’est pas nécessairement rassurante.
Les besoins et les difficultés psychologiques s’expriment rarement
directement.
Peu de patients disent « j’ai besoin de vous parler », « je
suis angoissé, j’ai besoin que vous me rassuriez ».
C’est aux soignants de tenter de comprendre le vécu et
les besoins relationnels des malades au travers de comportements, de plaintes,
de demandes ou de non-demandes.
Le malade émet bien souvent un appel désespéré et
muet à l’Autre, médical, social ou familial.
Appel marqué de tous ces fantasmes terrifiants :
Impact de la maladie sur le patient et son environnement
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IMPACT SOCIAL |
Constater la distance de l’entourage. |
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IMPACT PROFESSIONNEL |
Abandon de projets de promotion. |
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IMPACT ECONOMIQUE |
Diminution brutale du niveau de vie. |
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IMPACT PHYSIQUE |
Mutilations liées à la chirurgie. |
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IMPACT FAMILIAL |
Ne plus subvenir aux besoins de la famille. |
Aider le proche en souffrance
Cette évaluation commence bien entendu par l’écoute du patient et au moins de certains membres de la famille.
Importance de considérer la famille dans son ensemble comme entité devant affronter la maladie.
Le patient n’est pas le seul à être bouleversé par
la maladie, par une évolution péjorative de sa pathologie, par
la présence de ses douleurs.
L’entourage est lui-même perdu, choqué, angoissé,
en attente de soins irréprochables, d’écoute pour sa situation
particulière.
Les relations entre le patient et sa famille sont profondément atteintes, modifiées, à redéfinir.
La famille peut elle-même souffrir :
Il est important de souligner les points suivants :
S’investir dans la relation avec les proches se révèle rentable à long terme
L’absence ou la disparition de la communication entre le proche et le malade marque fréquemment une détresse de l’un des deux ou de chacun simultanément.
(Connaissances, compétences, croyance en ses propres capacités)
(Soutien familial, amical)
Réseau social étendu et réconfortant est un facteur de
protection.
Résultats d’enquête :
Les couples jeunes manifesteraient plus de difficulté à accepter
la situation induite par la maladie et ses contraintes. Difficulté d’adaptation
plus marquée.
S’ajoute à cela les réelles carences au niveau des aides
(niveau social) pour les jeunes.
Comment aider un proche en souffrance ?
« Et vous, comment allez vous ? » Permet une reconnaissance à part entière du proche autorisant l’expression de son vécu personnel.
Aidée, entendue et respectée dans sa souffrance, la famille sera moins agressive, moins revendicatrice.
Le patient et sa douleur
Evaluation de la douleur tente de rendre objectif ce qui est éminemment subjectif.
On ne peut reconnaître et évaluer la douleur qu’au travers de ce que le sujet nous en dit.
La douleur est une expérience envahissante, elle signe une effraction, elle est de l’ordre du traumatisme.
Elle coupe la relation intersubjective. Elle entraîne un désinvestissement des choses du monde extérieur. (Freud)
Plus une douleur perdure, plus elle risque d’entraîner un
tableau dépressif chez le patient.
Entraîne un repli sur soi, une modification des relations familiales
et sociales.
La douleur rappelle la présence de la maladie.
Le malade est un être douloureux et son corps exprime cette douleur qui
le ronge, l’empêche de penser et d’agir et donc d’ « être » et
d’exister.
Douleur entraîne une véritable inhibition de la pensée,
et seul le soulagement permettra au malade de retrouver la possibilité de
penser, d’agir et de sentir la vie acceptable grâce à un
confort de vie retrouvé.
La plainte douloureuse persistante
Malgré une prise en charge antalgique jugée efficace, certains
patients peuvent continuer à se plaindre de douleurs, à demander
plus d’antalgiques.
Ces situations, si elles peuvent être liées effectivement à des
douleurs physiques particulièrement difficiles à évaluer
et à soulager, doivent en tous cas nous amener à nous interroger
sur la demande du patient.
N’a-t-il pas besoin d’autre chose que d’un antalgique ?
Que faire de la douleur du sujet ?
Lorsque la douleur est chronique, le patient ne tient pas toujours à la
voir disparaître car elle fait également partie de lui.
Entendre la parole du sujet souffrant nécessite d’aller au bout
du respect de sa liberté face à la douleur.
Si la plupart des patients aspirent à l’abolition de cette douleur
certains s’y opposent, en y mettant une signification, liée à leur
propre histoire (culpabilité consciente ou inconsciente avec besoin
d’autopunition…).
L’ambivalence est donc une notion centrale dans la question de la
douleur.
La douleur est à la fois :
Importance de savoir ce que le patient souhaite faire de cette douleur, s’il souhaite la conserver en partie tant qu’elle est supportable ou s’il souhaite, au contraire la voir disparaître…
La relation médecin/malade et les différents mécanismes de défense que le soignant peut mettre inconsciemment en place.
Médecin généraliste est un interlocuteur privilégié.
Il va bien souvent mettre inconsciemment en place des opérations défensives qui vont lui permettrent de s’octroyer une sphère d’attentisme souvent nécessaire pour se préserver de son propre désarroi, avant d’apprivoiser les souffrances à venir et de côtoyer enfin la détresse du patient.
Mécanisme de défense des soignants :
Focalisation sur une seule partie du sujet en souffrance en privilégiant
la souffrance physique.
Mécanisme de distanciation par excellence.
Médecin se centre sur un registre essentiellement concret, convaincu
que cette sollicitude s’avérera suffisamment aidante auprès
du patient.
Mais le soin prodigué (ex :donner un antalgique s’il souffre)
n’est jamais qu’un segment de réponse à la plainte
du patient.
Besoin de déposer sa souffrance psychique et qu’elle soit entendue.
Il souhaite qu’on sache que son être engagé dans la tourmente
engage beaucoup plus que son corps.
Le soignant reconnaît la souffrance psychique du patient.
Seulement, il se sent si démuni face à celle-ci qu’il ne
peut aborder le sujet en face du patient douloureux.
Le soignant va donc être amené à dévier la conversation, à s’exprimer
sur d’autres thèmes, en n’apportant jamais de réponses
appropriées aux questions du malade.
Ainsi, le soignant évite l’affrontement, générateur
d’un surcroît d’angoisse.
Cependant, le patient peut se sentir désemparé par ce comportement
car personne ne veut lui répondre.
Cela peut donc jouer sur la relation de confiance et entraîner un désinvestissement
de la relation par le patient.
Discours hermétique et incompréhensible, pour les non-initiés
au langage médical, que le patient ne comprend pas.
Par ce comportement le soignant dissimule inconsciemment son manque derrière
la maîtrise, le savoir médical. Il tente de pallier à son
propre dénuement.
Le médecin n’est pas prêt à s’engager dans
le domaine émotionnel du patient.
D. Deschamps écrit à ce propos que cette rationalisation
serait un : « agrippement psychique à la pensée,
comme une sorte de seconde peau intellectuelle à laquelle on s’agrippe
pour ne pas rencontrer et ne pas éprouver l’intolérable
et scandaleuse souffrance de l’autre ».
Le patient n’insiste pas dans ses questions et cette situation accroît
le caractère angoissant de la maladie, de la douleur qui apparaît
au sujet plus que jamais comme lui étant étrangère.
Le soignant met en place un comportement de fuite, il va réduire son malade à un dossier, un cas à traiter uniquement d’un point de vue médical. Le patient est considéré ici comme un objet de soins. La relation va alors se trouver privée de toute communication. Le soignant considérant que le contact et l’échange ne sont pas de son ressort. La présence même du patient est douloureuse.
Autre type de comportement de fuite qui désoriente le patient et le réduit au silence.
Diamétralement opposé à la banalisation.
Ce comportement consiste à attribuer à l’autre certains
traits de soi-même. Le soignant se substitue au malade et transfère
sur lui certains aspects de sa personnalité.
Il lui « prête » ses propres sentiments et réactions,
ses propres pensées et émotions.
Il fait corps avec son malade, opérant ainsi une véritable symbiose.
Il fait ainsi taire sa propre angoisse pour se réfugier dans un registre
de certitudes (volonté, détermination..) laissant bien peu de
place au doute.
Le sujet, source d’angoisse, est ainsi introjecté : plutôt
que de vivre cette relation dans l’impuissance et l’inefficacité,
il se rassure et se convainc de sa capacité à décoder
tout désir du patient. La souffrance du soignant est réinjectée
dans l’angoisse du patient.
Le soignant n’est plus à l’écoute de l’autre
mais de lui-même.
Illusoire de penser qu’on peut se mettre à la place de l’autre, cet autre qui vit, comme il peut sa douleur, dans son propre corps et au moyen de son seul cheminement intérieur.
Au delà du registre thérapeutique et de la douleur physique,
le soignant demeure préoccupé par la souffrance psychique du
patient, à laquelle il redoute de ne pouvoir apporter de réponse.
C’est précisément cette possible faillibilité qui
va générer des défenses.
Pour que ces défenses tombent, il faut accepter d’être
dépositaire d’une souffrance sans pouvoir y répondre.
De plus, prendre conscience de ses défenses engendre un assouplissement
de certains mécanismes. Important d’admettre de cheminer avec
ses forces et ses failles, c’est en s’ouvrant sur soi-même
que l’on s’ouvre à l’autre.
Identifier ses défenses c’est se révéler
plus apte à reconnaître celles du patient.
Ne pas attendre du patient qu’il soit un « bon malade » qui
combat sa maladie avec courage
Important également de se détacher de toutes ces « métaphores
militaires » qui font référence à la dynamique
de combat, à la combativité du patient. (« faut se
battre », « faut être courageux »…)
C’est très défensif, ça évite d’entendre
ce que le malade aurait à exprimer de ses angoisses, de ses peurs.
Important de donner la possibilité au patient d’être :
En conclusion :
Sentez vous vous-mêmes les plus réels possibles, vrais,
avec vos yeux, vos pieds, vos entrailles, vos cinq sens et votre intelligence.
Soyez ancrés dans vos vies à vous, vos joies, vos peines, vos
créations, pour pouvoir supporter, soutenir celles et ceux qui se
confient à vous.
Evitez l’accrochage adhésif au savoir et à la
technique pour fuir la rencontre.
Danièle Deschamps, psychanalyste, nous rappelle que les patients « nous provoquent à être, d’abord et avant tout, car c’est leur première nécessité…et la notre aussi, même si nous l’oublions parfois ».
Recherche de troubles dépressifs accessibles aux psychotropes et à la psychothérapie.
Tout n’est-il pas banalisé en matière de souffrance morale
dans la maladie grave ?
La banalisation, la normalisation des souffrances ignorent alors la clinique.
Et à la fois le fait de pleurer, de s’effondrer ne sont pas pour
autant des événements pathologiques !
Si on se réfère au DSM IV (instrument diagnostique le plus largement accepté et utilisé par la communauté psychiatrique), le diagnostic de dépression nécessite :
Critères diagnostic de la dépression selon le DSM IV :
Au moins 1 des 2 symptômes suivants :
Au moins 4 des symptômes suivants :
Ces symptômes doivent être présents pendant une même période de 2 semaines et avoir représenté un changement par rapport au fonctionnement antérieur.
Le diagnostic clinique de dépression est délicat dans le champ
de la maladie grave.
La difficulté majeure réside dans le fait que de nombreux symptômes
caractéristiques de la dépression (perte d’appétit
et perte pondérale, anorexie, fatigue, troubles du sommeil, difficulté de
concentration) sont aussi des complications habituelles du cancer ou de ses
traitements.
Pour tenter d’éviter cette difficulté, différentes approches ont été proposées notamment celle d’Endicott et collaborateurs (1984) qui proposent de remplacer les symptômes somatiques par d’autres symptômes de nature psychique :
Il convient donc de se focaliser tout d’abord sur les symptômes psychologiques tout en n’excluant pas complètement les symptômes somatiques qui, bien qu’étant moins fiables, peuvent également servir d’indice. En effet, ne pas prendre en compte les manifestations somatiques pourrait mener à ne détecter que les cas les plus sévères.
Autres indicateurs :
Intérêt de l’évaluation à un item de Chochinov : « Etes-vous dépressif ? ».
Evaluation sérieuse de la dépression chez les sujets cancéreux
et/ou en fin de vie.
Etude de Chochinov et coll (« Are you depressed ? » Screening
for depression in the terminally ill. American Journal Psychiatry. Mai
1997, vol. 154).
Evaluation fiable qui, par la suite, nécessite une approche complémentaire
afin d’évaluer la sévérité de la dépression
une fois qu’elle est identifiée.
Nicole Pélicier, psychiatre psycho-oncologue à l’hôpital Georges Pompidou précise que les situations à risque doivent être connues par le « non-spécialiste » :
Les situations à risques sont :
Les situations à risque de suicide sont :
Une fois le diagnostic de dépression établi, plusieurs études
(Van Heeringen 1996, Holland, 1998, Ronson, 1999) ont démontré les bénéfices
de la thérapie, en particulier pharmacologique. En effet, une
intervention pharmacologique adéquate peut promouvoir l’adaptation
et améliorer la qualité de vie, augmentant également l’efficacité des
interventions psychothérapeutiques.
Cependant, la prescription d’antidépresseur ne doit pas être
automatique.
L’antidépresseur ne doit pas être considéré comme
un médicament à utiliser pour faire taire la souffrance du patient.
Informer le patient en lui donnant des informations sur la dépression,
le traitement et l’effet attendu doit faire partie des mesures thérapeutiques.
Favoriser le dialogue autour de la dépression permettra l’expression
des émotions et facilitera une réévaluation continue sous
traitement.
Mettre en évidence l’intérêt d’une psychothérapie
en parallèle du traitement (en démystifiant le rôle des
psychologues, des psychiatres, des psychothérapeutes).
Importance aussi des associations, des groupes de parole….
Place des équipes pluridisciplinaires
Rôle du médecin :
Rôle fondateur du rôle des autres intervenants à domicile
qui s’en réfèrent souvent à lui.
Médecin est sorti peu à peu de son rôle prescripteur, il
a une fonction rassurante et prend en considération la souffrance du
patient et de sa famille.
Le kinésithérapeute :
Importance du rôle du kinésithérapeute qui est en mesure
de proposer un programme personnalisé pour amener le patient à gérer
sa douleur ou à la diminuer sans systématiquement avoir recours
aux thérapeutiques antalgiques médicamenteuses.
Il propose des techniques pour apprivoiser le corps douloureux en tenant compte
de la participation psychique.
L’infirmière :
L’infirmière est celle qui veille à la bonne marche de
la prescription médicale.
Grâce à l’attention qu’elle porte au corps par les
soins qu’elle lui apporte, elle est parfois dans une relation très
proche avec le patient.
L’assistante sociale :
Partenaire important puisqu’elle a pour fonction d’apporter des
réponses concrètes quant aux moyens à mettre en œuvre
pour assurer la continuité des soins dans les meilleures conditions.
Elle anticipe des contextes sociaux, familiaux complexes où la maladie
aurait des conséquences (travail, garde des enfants, ressources financières…).
La/le psychologue :
Notre travail consiste à aider les patients à élaborer
ce qui se passe, mais aussi à trouver des ressources psychiques pour
faire face à la maladie, cela parallèlement au soutien du médecin
et de l’équipe pluridisciplinaire.
Les entretiens psychologiques permettent de reconnaître non seulement
la détresse actuelle mais aussi de retravailler des problématiques
plus anciennes réactualisées à l’occasion de la
maladie.
Accompagnement des familles.
Importance également des associations
La présence de ces différents intervenants permet de rétablir
un réseau de sécurité corporelle, affective et langagière
qui permet d’apaiser la souffrance du sujet.
Comment ?
L’importance de ces différentes prises en charges et de leur coordination est à l’origine de la création des soins de support en cancérologie.
Intérêt du plan cancer et des soins de support
Tous les patients atteints de cancer doivent désormais, quelque soit
leur lieu de prise en charge y compris au domicile, avoir accès à des
soins de support.
Ces soins de support correspondent à une coordination qui doit mobiliser
des compétences et organiser leur mise à disposition pour le
patient et ses proches.
Cela dans le but d’assurer au patient la meilleure qualité de
vie possible sur le plan physique, psychologique et social en prenant compte
de la diversité de leurs besoins et de ceux de leur entourage.
Les soins de support (annexe 10 à la circulaire n° DHOS/SDO/2005/101 du 22 février 2005) répondent à des besoins qui concernent principalement la prise en compte de :
Rédigé par Sandra Dejter-Descamps, psychologue
Hôpital Saint Vincent LILLE