

Les maltraitances concernant les mineurs soulèvent un
redoutable dilemme médico-juridique.
Le code pénal donne en effet au médecin le droit, soit de procéder
au signalement des sévices constatés (qu’ils concernent
un mineur âgé de moins
de quinze ans ou toute personne particulièrement vulnérable),
auprès des « autorités
judiciaires, médicales ou administratives », soit de s’en
tenir au respect du secret professionnel.
Le code de déontologie médicale en revanche lui fait obligation
d’alerter les mêmes autorités tout « en faisant
preuve de prudence et de circonspection ».
Dans cette délicate alternative, la conduite à tenir pour le
médecin doit être régie par le souci de protéger
l’enfant, mais aussi de ne pas lui porter tort.
Il y a tout d’abord les difficultés de diagnostic en matière
de sévices à enfant.
Il existe en effet trois catégories de maltraitances selon qu’il
s’agit d’actes de violences, d’agressions à caractère
sexuel ou d’atteinte à l’intégrité de
la personne notamment par abstention délibérée de soins
ou d’aliments (ou même
de la mise en péril par incitations à des actes
délictueux).
Confronté à ces trois ordres de sévices – dont
le régime juridique est différent bien que l’on retrouve
chaque fois les mêmes circonstances aggravantes – la conduite à tenir
pour le médecin se situe entre deux extrêmes.
Le dilemme s’établit en effet entre tout d’abord la circonspection
nécessaire et la prudence indispensable pour la protection de l’enfant
et d’autre part le
devoir d’intervention.
Trois éventualités se rencontrent :
- En cas de simple suspicion, il y a lieu de procéder à un
signalement aux autorités administratives, c'est-à-dire en
l’espèce à la
SDAS.
- S’il existe un faisceau de présomptions, c’est le juge
des enfants qu’il faut alerter.
- Et en présence de sévices avérés, c’est
le procureur de la République qui doit être informé.
Dans tous les cas, l’hospitalisation de l’enfant constitue une
mesure de sauvegarde. Quoi qu’il en soit, la conviction du médecin
doit être étayée
de constatations significatives avant de décider ce qu’il faut
faire et aussi ce qu’il ne faut pas faire.